L’éco-construction s’impose aujourd’hui comme une réponse concrète aux défis environnementaux. Parmi ses piliers : les matériaux biosourcés et géosourcés. S’ils suscitent un intérêt croissant chez les professionnels du bâtiment comme chez les maîtres d’ouvrage, leur intégration dans les pratiques courantes se heurte encore à plusieurs obstacles, notamment réglementaires.
Ce que la RE2020 encourage
Les matériaux biosourcés et géosourcés répondent parfaitement aux trois grands objectifs de la RE2020
- Réduction de l’impact climatique des constructions neuves : ces matériaux ont un excellent bilan carbone, notamment grâce à leur capacité à stocker du CO₂ (bois, chanvre, paille…).
- **Performance énergétique : leur résistance thermique naturelle permet de limiter les consommations.
- Confort d’été et qualité de l’air intérieur : grâce à leur déphasage thermique élevé et à leur capacité à réguler l’humidité (hygrothermie), ils contribuent à un confort accru.
Mais leurs atouts ne s’arrêtent pas là :
- Renouvelables et disponibles localement, ils favorisent les économies territoriales
- Leur durabilité et leur fin de vie maîtrisée (biodégradables, réutilisables) les rendent particulièrement adaptés à une approche circulaire
- Ils présentent un bilan sanitaire positif, étant peu émissifs en COV
- Enfin, ils sont souvent agréables à travailler pour les artisans (légèreté, absence de produits toxiques, simplicité de mise en œuvre)
De quoi parle-t-on exactement ?
- Matériau biosourcé : produit contenant majoritairement de la matière d’origine végétale ou animale. La norme européenne NF-EN 16575 précise qu’un matériau est biosourcé dès lors qu’il contient une part, même minime, de bioressources. Quid de la légitimité de cette appellation pour certains matériaux.
- Matériau géosourcé : issu de ressources minérales peu transformées comme la pierre ou la terre (pisé, brique de terre crue, béton de site…).
À noter : le label Produit Biosourcé distingue ceux qui intègrent une part significative de biomasse (≥ 70 % pour les isolants, ≥ 25 % pour les bétons végétaux).
Des freins encore bien réels
Malgré leur potentiel, ces matériaux peinent encore à se généraliser dans la construction. Plusieurs raisons expliquent cette inertie :
- Une méconnaissance persistante, y compris chez les professionnels du secteur
- Des pratiques à adapter sur les chantiers, nécessitant parfois une montée en compétence
- Une offre encore limitée en termes de fournisseurs et d’entreprises formées
- Un coût de développement technique et juridique non négligeable
Et surtout : la réglementation n’a pas encore pleinement intégré ces solutions. Certains procédés, bien qu’efficaces, ne bénéficient pas de la garantie décennale faute de normes ou d’avis techniques reconnus. Cela limite leur adoption, en particulier dans les projets assurés ou institutionnels, où la prise de risque juridique est à proscrire.
Un produit mise en œuvre sans DUT n’apporte pas à l’entreprise intervenante la garantie légale du produit.
NF DTU, ou Normes Françaises Document Technique Unifié, sont des documents qui définissent les règles de l’art et les bonnes pratiques de mise en œuvre, à respecter dans le domaine de la construction. Ils sont élaborés par des professionnels spécialisés des différents intervenant à l’acte de construire (entrepreneur, maître d’ouvrage, fabricants, bureaux de contrôle, architecte) et font l’objet d’une validation par l’organisme de normalisation français, l’AFNOR.
https://www.ffbatiment.fr/techniques-batiment/normalisation-regles-de-lart/nf-dtu-normes/dossier/les-nf-dtu
https://normalisation.afnor.org/thematiques/travaux-batiment-nf-dtu
En cas de sinistre les assurances se retireraient possiblement leur couverture et prise en charge
Une adaptation nécessaire
La dynamique est lancée : les matériaux biosourcés et géosourcés seront sans doute au cœur de la construction de demain. Mais pour passer à plus grande échelle, ils doivent être mieux encadrés :
- par la création de référentiels techniques clairs
- par l’accompagnement des assureurs vers une meilleure compréhension des risques réels
- par la formation des professionnels sur les bonnes pratiques de mise en œuvre
En résumé
L’éco-construction ne peut avancer sans cohérence entre innovation technique, réglementation et sécurité juridique. Les matériaux biosourcés et géosourcés cochent déjà de nombreuses cases, mais leur reconnaissance réglementaire et assurantielle reste un passage obligé. Il ne s’agit pas de freiner l’innovation, mais de créer les conditions de son développement. »
Source : formation de Monsieur Guillaume de Navacelle ICH Nantes